LE COLOSSE FUNAMBULE
(pour Fabrice THOUZEAU)

Funambule en perte d’équilibre
chapiteau ouvert sur l’apesanteur
sa vie ne tenait qu’à un fil…
en constant pèlerinage sur la crête du souvenir
cirque ambulant à lui tout seul
un colosse parcourait des vies entières
sans s’appesantir sur l’atmosphère saturée de son regard

les spectateurs asphyxiés par tant de hauteur
peinaient à suivre la ligne de vie du fildefériste…
clowns et dompteurs se désistaient, annulant leurs numéros
seul le lanceur de couteaux meurtrissait la chair du sphinx
oscillant imperturbable au gré des courants verticaux

A quoi se résume une vie ?
Un grand corps malade d’oxygène intubé
visite la foire de BRAINS : nodules à vendre
cathéter de bruyère pour jardins en manque d’engrais
famille échange un bras, une jambe contre poumons neufs
Duvet de chardon, caresse du bourdon, maladie je profane ton nom !

Vivre un jour de plus ! Vivre un jour de plus !
scandent les spectateurs exaltés
Le funambule sourd aux injonctions contradictoires
titube ivre du souvenir, regard fixé sur l’horizon

il se retourne sur la carrière d’un badiste
qui prenait souvent le volant pour s’inscrire
en héros des carrés de service
trapéziste multi-jambiste spécialisé
dans le traitement de l’appareil locomoteur.
Un lapin DURACELL à la place du cœur !

Un jour sur son chemin de corde de talc illuminé
il aperçut penché un agent du fisc
qu’il redressa et délesta de sonnants et trébuchants
en échange d’une carrière de contrôleur
leur échange fut scellé d’une chaleureuse poignée de nains
jongleurs échappés d’un cirque voisin

Puis un soir d’octobre
le colosse fatigué choisit d’aller à la rencontre des grands ciseaux…
sous un nouveau chapiteau décoré d’amertume et de chatterton
le fil cassa laissant chapitre aux lois de la pesanteur
A la surprise du public agrippant son mouchoir
un trop plein de sérénité surprit le funambule
décrivant un mouvement ascendant contre toute chute programmée.

Accompagné par les pointes du lanceur de couteaux
par la femme météore depuis les canons lancée
il dérive désormais en bordure de lune
comme un astre satellite éclairant le regard
de ceux qui savent le chercher.
Enfin passé de l’armure des hyènes de machine
à la légèreté de l’étoile filante !

Il lance des pluies acides, des grêles, des colifichets
pour qu’on flatte sa mémoire
en traçant à notre tour des halos scintillants
dans la nuit sémaphores bienveillants.

A quoi se résume une vie si jamais elle ne finit ?
Ah ! Vivre 100 ans de plus ! Juché sur SIRIUS !
Les derniers mécontents fuient le chapiteau, envieux….

Désormais nulle part et partout à la fois
poinçon de lumière sur un archet
trouée de soleil sur un coin de table
arc-en-ciel entre deux averses cireuses
le funambule immobile participe plus que jamais
à nos terrestres destinées.

Il ne prête qu’aux riches en manque de fiscalité
refuse toute offrande de générosité
Délivré des contraintes oxygénées
son atmosphère est peuplée de griffons chiffons
souvenirs de harems vaporeux, ivres de narguilé.

Il poursuit un dialogue savoureux de signaux silencieux,
pluie d’étoiles, pelures d’orange, feux de cheminée
pendant qu’à terre la femme du colosse et ses filles
construisent des escaliers colimaçon
en spirales d’émotion.

Un texte de Denis.